Ces fleurs qui reviennent chaque année dans votre jardin

Vous êtes des alouettes ou des hiboux ? Il ne s’agit pas de choisir des oiseaux, mais de comment est votre histoire. Nous sommes tous divisés entre ceux qui se réveillent spontanément à 5 ou 6 heures frais comme une rose, mais qui expire comme une mozzarella à 21, les « alouettes », et ceux qui ont besoin d’une grue pour se lever avant 9 ou 10h, mais alors, à ressort, rend les petites heures sans effort, les « chouettes ».

Si vous comptez parmi les matinaux, laissez tomber le Selenicereus : ce cactus, champion de la floraison nocturne, ne révèle son incroyable fleur qu’entre 22h et 4h. Loupé pour les adeptes du lever de soleil. À l’inverse, les dormeurs matinaux risquent de ne jamais apercevoir l’hypomée : ses pétales s’ouvrent dès l’aube, puis se referment avant midi, et il faut se lever tôt pour en profiter. Attendre, c’est déjà trop tard.

Le rythme secret des plantes

Beaucoup de fleurs restent ouvertes plusieurs jours sans se soucier de l’heure. Mais d’autres, véritables êtres de ponctualité, orchestrent leur floraison sur une plage de quatre à huit heures, puis s’éclipsent pour toujours. Certaines persistent du matin au soir, mais la plupart préfèrent jouer la carte de la rareté : elles se dévoilent juste à l’aube ou à la tombée du jour, réservant leur beauté à ceux dont la routine correspond au bon créneau.

Pour en profiter, il convient d’être au bon endroit au bon moment. Les personnes avec un rythme classique (debout à 7h, lumière éteinte à 23h) croisent facilement ces deux mondes. Pour les autres, le décalage impose parfois de passer à côté du bal rapide des floraisons atypiques.

Un paramètre à ne pas négliger : combien de temps passez-vous dans votre jardin chaque jour ? Ceux qui traînent dehors surtout en soirée profiteront bien plus des espèces de la fin de journée, tandis que les matinaux ont tout avantage à choisir des variétés promptes à s’ouvrir dès l’aube.

Cette attention portée au timing n’a pas échappé à Linnaeus, l’un des premiers à proposer une « horloge florale », avec chaque espèce attribuée à une tranche horaire précise.

Juste avant le lever du soleil

Pour ceux qui aiment le matin, certaines stars s’imposent : les hypomées, quelques convolvulacées, l’orchidée Dendrobium amboinense, citrouille ou courgette. Leurs corolles fragiles se referment avant midi, surtout en été. Si le ciel est gris, elles attendent parfois jusqu’au lendemain. Leur objectif : attirer insectes et pollinisateurs dès la première clarté. Le phénomène est bref : à 5h, la vague suivante s’ouvre et, d’ici 8 heures, tout est déjà terminé.

Les hypomées méritent leur surnom anglais de Morning Glory : annuelles ou vivaces, elles font sensation en France sous le nom de « cloches ». Sur 500 espèces, une vingtaine sont cultivées pour leur floraison éclatante : I. purpurea (violet foncé, 8 cm), ‘Flore Pleno’ (violet-fuchsia, semi-double), I. tricolor (bleu ciel évoluant rose puis pourpre), I. indica (violet), I. aurea (jaune lumineux), I. hederacea (bleu à gorge blanche), I. quamoclit (rouge vif), I. versicolor (rouge carmin virant jaune), I. bonariensis (lilas-violet), I. pandurata (blanche à gorge carmin).

Ces fleurs s’épanouissent aussi bien en massif qu’en pot (prévoyez 28 cm minimum), grimpent le long d’un treillis jusqu’à 10 m en une saison, et offrent un rideau de feuilles en cœur et de corolles renouvelées de juin à octobre. Elles exigent une exposition plein soleil, des arrosages suivis (surtout en pot) et un apport d’engrais tous les 15 jours. Les variétés vivaces tolèrent l’hiver dehors seulement dans le sud ; partout ailleurs, il faut les rentrer. On peut récolter les graines pour ressemer au printemps.

Les convolvulus, souvent présents sur le pourtour méditerranéen et dits « belles de jour », sont des versions miniatures des hypomées, fleurs blanches ou rosées de 6 cm maximum. Quelques exemples : Convolvulus sepium (liane de 3 m), C. japonicus ‘Plena’ (rose en pot), C. althaeoides (feuillage argenté), C. tricolor (bleu-jaune-blanc), C. cneorum (argenté, cloches blanches). La rusticité varie : au nord, la culture en pot s’impose, avec les mêmes soins qu’une hypomée.

Les fleurs du matin

Les premiers rayons du soleil actionnent d’autres familles, synchronisées avec le lever du jour : Aizoaceae, Cactaceae, portulacas, ruellies, pétunias et surfinies. Leur floraison démarre à peine une ou deux heures après l’aube et s’achève entre 13h et 15h. Ceux qui travaillent jusque-là ne verront donc rien. Petite différence notable : chez les Aizoaceae, chaque fleur reste trois à quatre jours, tandis que les autres se renouvellent chaque matin.

Incontournables dans les jardins secs, les Aizoaceae comptent plusieurs vedettes : Delosperma, Carpobrotus (figuier de Barbarie), Aptenia cordifolia, Lampranthus, Drosanthemum, Oscularia… Leurs petites marguerites, roses pour la plupart, mais aussi blanches, jaunes, orange ou pourpres, ont besoin d’au moins une heure de soleil pour s’ouvrir. Elles ferment leurs pétales après 15h, et ce cycle se répète trois à quatre jours. Avec un arrosage adapté quand la terre sèche et de l’engrais tous les 15 jours, la saison peut aller d’avril à novembre. Selon l’espèce, la résistance au froid change : certaines tiennent jusqu’à,10°C, d’autres réclament un hivernage dès 5°C.

La même fourchette horaire pour les ruellies d’Amérique centrale, tels que Ruellia grandiflora (le « pétunia du Mexique ») : des tubes bleus, roses ou pourpres qui tombent avant le goûter. Ces plantes ne ménagent pas leur générosité : bouquets frais chaque matin, pourvu qu’elles aient toujours de l’eau (jusqu’à deux arrosages journaliers en juillet) et une fertilisation régulière. En dessous de 10°C, elles ne supportent plus rien.

Des floraisons si discrètes qu’on les oublie

Les portulacas, sous des feuillages et couleurs variées (du type « Samba » à la variété « Peggy »), présentent tellement de fleurs entre 8h et 9h, puis les laissent faner entre 15h et 16h, qu’on finit par ne plus y prêter attention. Elles se contentent du minimum : un peu d’eau en pot, pas besoin de nettoyage ni de protection hivernale, elles repartent d’elles-mêmes chaque année.

Les pétunias et surfinies suivent une logique similaire : en juillet, les fleurs se succèdent de 8-9h à 15-16h, sans interruption. Au début ou à la toute fin de la saison, une seule corolle peut durer quatre à cinq jours d’affilée.

Chez les Cactaceae, la précision est de rigueur : ouverture entre 9h et 10h, fermeture une fois pour toutes entre 16h et 17h. Dans les espèces prolifiques (mammillaires, rebutias), ce ballet passe presque inaperçu. Mais lorsqu’il s’agit de cactus discrets comme Ferocactus, Notocactus, Echinocactus, Gymnocalycium ou Epiphyllum, chaque floraison compte. Rater LE jour de la fleur, c’est parfois patienter une année entière. Certains amateurs n’hésitent pas à déplacer leur pot pour ne rien manquer.

De la mi-matinée à la fin d’après-midi

Beaucoup de fleurs respectent l’horaire « de bureau » : ouverture vers 9-10h, fermeture vers 17-18h entre juin et juillet. Certaines (hibiscus, mauve, hémérocalle) ne durent qu’un jour ; d’autres (nénuphars, composées diverses) persistent pendant quelques jours mais se renouvellent.

Les hibiscus font figure de référence : épanouissement à 9h, apogée à 13h, puis chute programmé à 17h. Toutes les variétés suivent ce schéma : syrien (Hibiscus syriacus), tropical (H. rosa-sinensis), coccineus, moscheutos, H. trionum (3-4h d’ouverture), mutable (couleur variant au fil de la journée). Les cultivars récents, Jumboliscus ou Newbiscus, sont sélectionnés pour durer plus longtemps. Hormis le syriacus (résistant jusqu’à,25°C), tous doivent rentrer quand il fait moins de 12°C la nuit.

Parmi les malvacées, la rose trémière (Althaea/Alcea rosea) et la lavatère (Lavatera trimestris) offrent leurs corolles dans la même temporalité. La première, vivace presque increvable (–25 à 40°C), et la seconde, annuelle, ne réussissent pas en pot.

L’hémérocalle, la bien nommée « beauté d’un jour » (Daylily), s’ouvre de 10 à 18h, puis renouvelle son spectacle chaque jour de juin à juillet. Robuste face aux extrêmes, elle donne peu en pot.

Les nénuphars tropicaux, comme leur cousin européen jaune (Nuphar/Nymphaea lutea), dévoilent leur corolle entre 8h et 18h plusieurs jours de suite, à condition d’avoir au minimum six heures de soleil direct.

Et puis il y a les composées : calendula, pâquerettes, gazanias, carlines, chicorées, pissenlits, zinnias, cinerarias, quelques asters, osteospermums… Elles orchestrent leur ballet semaine après semaine, bourgeons et renouvellement constant.

Humidité, le chef d’orchestre silencieux

Pour ces fleurs diurnes, tout se joue sur l’humidité. À la base des pétales, de minuscules cellules réagissent aux moindres variations : dès que l’air devient plus sec, elles se vident, ouvrant les pétales. Quand l’après-midi ramène un pic d’humidité, elles se contractent et ferment la fleur. C’est une question de stratégie génétique, au regard des probabilités de fécondation.

Toutes les variétés citées conviennent aussi bien aux jardins de lève-tôt qu’aux vitrines de boulangeries ou commerces ouverts dès l’aube, où la vie commence tôt et la chaleur s’installe vite. À l’inverse, inutile d’en disposer devant restaurants ou bars du soir : à l’heure de l’affluence, il ne restera rien à admirer.

Le bal du soir

Pour savourer le jardin à la nuit tombée, ou animer un établissement nocturne, il existe une sélection à part : belle de nuit (Mirabilis jalapa), cactus du minuit (Selenicereus, Hylocereus), reine de la nuit (Epiphyllum oxypetalum), Midnight Horror Tree (Oroxylum indicum), trompettes des anges (Brugmansia suaveolens), daturas (Datura stramonium, D. metel), ipomée alba (cloche de la bonne nuit), onagre (Oenothera biennis), silènes nocturnes (Silene nocturna, S. alba, S. nutans), nénuphars tropicaux nocturnes (Nymphaea lotus), orchidée de nuit (Bulbophyllum nocturnum).

La belle de nuit s’adapte à bien des situations : commune dans le sud mais présente jusque dans les Alpes (hivernage conseillé à l’intérieur). Semis facile, floraison généreuse en blanc, rose, jaune ou panaché dès 17h, parfum intense en soirée, puis disparition à l’aube.

Les cactus de minuit ne dévoilent leurs énormes fleurs (jusqu’à 12 cm) qu’à la maturité, et seulement entre 22h et 5h le lendemain. Le rendez-vous ne souffre aucun retard.

Brugmansias et daturas se lancent dans une surenchère de corolles : grandes cloches pendantes ou dressées, dans les tons roses, oranges, jaunes, blancs ou violets. À partir de 17h, leur parfum devient si puissant qu’il enivre les abords de la terrasse. Certaines variétés font sensation : B. arborea avec ses fleurs blanches, B. sanguinea en teinte rouge-orange-jaune, D. stramonium tout en blanc.

Seule cloche véritablement nocturne, l’ipomée alba (fleur de lune), débute sa floraison dès 20h et diffuse une senteur poudrée ; sa nature épineuse requiert un climat doux.

L’onagre, arrivée d’Amérique, s’impose avec ses fleurs jaunes parfumées de miel après 20h, qui restent épanouies jusqu’au matin. Plante robuste, elle se ressème spontanément là où elle se plaît.

Les silènes nocturnes, quant à eux, s’ouvrent elles aussi après 20h pour quelques nuits et laissent flotter leur parfum sucré. Les passionnés de graines trouveront sans mal leur bonheur sur des sites spécialisés.

Côté bassin, le lotus tropical Nymphaea lotus, originaire d’Afrique, ouvre ses grandes fleurs blanches de 20h à 5h, pendant quatre à cinq nuits d’affilée. Il réclame du soleil, une profondeur de 30-40 cm, et doit être rentré avant la mauvaise saison.

Parfum et lumière pour la nuit

À la tombée du soir, le spectacle ne se limite pas à la couleur. Jasmin de nuit (Cestrum nocturnum), fleurs minuscules, parfum perceptible à plusieurs dizaines de mètres, a inspiré les poètes méditerranéens par ses effluves persistants.

Ce parfum puissant n’est pas dû au hasard : au fil du temps, plusieurs végétaux ont choisi la nuit pour attirer certains pollinisateurs, notamment des papillons nocturnes ou de rares mouches (particulièrement attirées par les parfums puissants, parfois évoquant la chair pourrie chez certains cactus). La blancheur de la corolle ressort, captant la moindre parcelle de lumière, tandis que la fragrance sert de signal : douce ou entêtante, légère ou presque importune, chacune trouve ses amateurs. L’ouverture nocturne permet par ailleurs d’économiser l’eau et de préserver l’énergie de la plante.

Le jardin au clair de lune

Façonner un espace qui prend vie sous la lune : le Moonlight Garden, un art hérité du monde oriental. Voici les grands principes de ces aménagements nocturnes :

  • L’association de plantes à floraison nocturne, aux corolles blanches ou claires, de feuillages argentés, surtout présents en Méditerranée et en altitude.
  • Au crépuscule, les parfums se mêlent, reflets duveteux sous la lumière lunaire ou quelques LEDs disséminées.
  • En plein jour, tout s’estompe : corolles closes, parfums dissipés, l’ensemble paraît nu. Prévoir cette réalité lorsque l’on se lance dans l’aventure nocturne.
  • Sans paysagiste, il vaut mieux placer les variétés nocturnes à proximité des lieux de passage ou de repos, miser sur les espèces parfumées près des zones de vie, et tester en pot la première saison.
  • À éviter : les arbres élevés, qui privent de la lumière lunaire lors des nuits dégagées.
  • Pour finir, une allée claire (pierre, galet ou gravier blanc), un point d’eau animé ou un filet d’eau douce, et un éclairage bien pensé mettent en valeur toute la magie du jardin une fois la nuit venue.

À l’aube, à la maison et au jardin

Dendrobium amboinense

  • Dendrobium amboinense : cette orchidée, originaire d’Indonésie, moyenne à grande, fleurit en mai-juin par bouquets de deux à quatre grandes corolles blanches, filamenteuses, odorantes (8 cm), qui s’ouvrent à l’aube et se fanent à midi. Un pied adulte donne de nombreuses floraisons, même sur les branches de l’année précédente (à ne surtout pas couper). Elle exige chaleur, humidité, substrat léger type écorce, arrosages abondants, engrais de mars à floraison, puis deux mois de repos. Quant aux fleurs de citrouille, elles attirent particulièrement les abeilles.
  • Les fleurs de courgette, citrouille et autres cucurbitacées s’ouvrent dès l’aube, tirant profit de la fraîcheur pour séduire abeilles et bourdons. Dès 4h30-5h, les producteurs les cueillent au champ. Les fleurons femelles prolongent parfois l’ouverture jusqu’à l’après-midi selon la pollinisation, ajustant leur rythme jour après jour.

L’orchidée de la nuit

Observée pour la première fois en 2011 dans les forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée, Bulbophyllum nocturnum est l’unique orchidée identifiée à ne fleurir que la nuit : corolle ouverte dès le crépuscule, refermée dès les premiers rayons du soleil. Elle ne se vend pas en jardinerie, sa rareté la cantonne encore au monde scientifique.

Les parfums secrets de l’obscurité

Certaines plantes attendent la fin du jour pour exhaler leur parfum. Parmi les plus connues : vrais et faux jasmins, Nicotiana alata, philadelphus, chèvrefeuilles, sureau, roses, lys, alixus, pictophorus, tilleul, Dianthus plumarius ‘Albus’ ou ‘Haytor White’ à note poivrée.

Nyctanthes arbor-tristis, jasmin de nuit d’Asie du Sud, porte fleurs blanches au cœur orange, réunies en grappes parfumées de 20h à 6h avant de s’éparpiller sur le sol. Rustique en Sicile seulement, il se cultive ailleurs dans de grands pots à l’abri du froid.

Zaluzianskya capensis, appelé flox nocturne ou bonbon de nuit, nous vient d’Afrique du Sud : annuelle d’environ 50 cm, fleurs blanches ouvrant de 20h à 6h sur plusieurs nuits et diffusant une fragrance puissante.

Le blanc, éclat de la nuit

Le blanc s’impose une fois la nuit tombée : chaque floraison blanche se détache nettement dans la pénombre, parfois comme illuminée par la lune ou une lumière diffuse.

Des variétés à explorer : roses ‘Iceberg’ ou ‘Alberic Barbier’, daturas, hortensia ‘Miharayama o-yae’, jasmins, philadelphus, spirées, sureaux, magnolia grandiflora, Solanum jasminoides, viburnum opulus, cistus albidus, echinacea ‘White Star’, salvia coccinea ‘White Nymph’… et bien d’autres.

Ce coloris se retrouve dans quasiment toutes les familles : trompettes des anges, nicotiana, belles de nuit, callas, pivoines, lys, anémones japonaises, cosmos, dahlias, clématites, passiflores… La diversité est au rendez-vous.

Rien n’égale un jardin où chaque heure voit s’ouvrir une nouvelle floraison. Peut-être, en filant au travail à l’aube ou en rentrant juste avant minuit, aurez-vous la chance de croiser une nouvelle venue, témoin discret du cycle sans fin du monde végétal.

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